Rencontres Arctiques

Leenan Head s’apprête à quitter les Lofoten. Deux mois que nous sillonnons l’archipel…avec, comme souvent, un goût de reviens-y. Pour les paysages, certes, mais aussi pour ceux qui vivent là.

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Depuis 10 jours le froid commence à piquer sérieusement, et le soleil de minuit fait place peu à peu à un léger crépuscule. Il semblerait qu’il soit temps pour Leenan Head de faire route vers le Sud. C’est la tête pleines d’images de montagnes que nous repartons. Ici, les vents sont capricieux et il n’est pas si facile de hisser les voiles. Cependant sans voilier, impossible d’aller dans ces mouillages sauvages. Simples formes sur la carte marine, le navigateur y devine de bons abris. Quelques heures plus tard, nous nous trouvons au fond d’un fjord à la végétation dense, au pied d’une montagne verticale et minérale, ou au cœur d’un îlot qui fait rêver les plus jeunes équipiers d’histoires de pirates : « Moi ze veux voir le trésor des pirates aux zambes de bois!!! ». Il est probable que même les « vieux » y croient un petit peu…

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Moi, après la pèsse, z’irai voir les pirates aux zambes de bois !

 

 

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Vous noterez avec justesse, que les habitants des lieux ont été peu évoqués depuis le début de notre virée au Nord du cercle polaire. Les Lofoten et Vesteralen, des îles plus au Nord, tout aussi grandioses, comptent 60 000 habitants au total. Dans l’année, plus d’un million de touristes viennent ici. Un chiffre qui explose depuis 3-4 ans. Les randonneurs, grimpeurs et kayakistes y sont au paradis. Nombreux sont ceux qui choisissent l’autonomie du camping-car. D’autres encore s’offriront une croisière à bord de l’Hurtigruten, véritable phénomène national local, le paquebot mène ses passagers de Bergen au Cap Nord. Bref, tous tombent sous le charme de cette région d’exception (et certains de ses habitantes…).

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L’Hurtigruten…et à sa gauche, la lune pas vue depuis des mois !!!

 

Mais revenons à nos locaux, descendants de vikings et de samis. Certains peuvent se sentir quelques peu envahis par ces hordes de touristes qui affluent en juillet. Beaucoup en font une nouvelle activité. C’est ainsi que le port baleinier de Skrova délaisse peu à peu son activité originelle, qui a bien du mal à fonctionner en dehors des frontières, pour proposer activités et excursions pour ses visiteurs. Difficile alors de rencontrer « vraiment » l’autochtone. Mais repassez une semaine plus tard, quand la saison touche à sa fin, et le village aura retrouvé son rythme annuel. C’est ainsi que nous avons rencontré un couple de pêcheurs venus passé le week-end ici. Cela fait deux ou trois fois qu’ils croisent Leenan Head, et cette fois-ci ils osent venir nous voir «Je pêche le hareng puis la morue à la palangre de novembre à avril! » « Mais tu n’as pas trop froid l’hiver ? » « Non, non ça va, je vais vers le Gulf Stream. J’adore ça, il y a des lumières extraordinaires. Je suis par contre inquiet pour l’avenir, les temps sont durs pour la pêche artisanale car les gros armateurs raflent tous les quotas… ». Elle, elle a les yeux qui brillent quand elle parle des Vesteralen, où ils habitent « un lieu paisible», elle y fait du pain, dans un four à bois.

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Nusfjord, un port à l’ancienne qui a un charme fou!

 

Quelques jours avant c’est le skipper du drakkar Lofotr qui vient nous voir « Vous vous souvenez de moi ? » « Oui bien sûr ! Tu veux visiter le bateau ? » « Oui je veux bien… » Un gaillard de 2m de haut qui semble avoir peur de nous déranger. Une fois à bord, ce passionné de bateau nous pose 1000 questions. Il semble heureux, fier de mener le même canot que ses ancêtres. Il a des bagouses plein les doigts et ne supporte pas quand, lors de reconstitutions historiques, la barre du drakkar est positionnée à gauche, et non pas à droite ! (A ceux qui feraient l’erreur, vu la carrure du bonhomme il est conseillé de rectifier le tir immédiatement…).

Il y a ce hollandais aussi, Rob, un peu moins timide. Il a osé monter à bord dès la première fois où il a vu Leenan Head. Chapeau de paille, barbe blanche et chemise rouge à carreaux. Lui est un chasseur d’aurores boréales. Il les a étudié depuis les Pays-bas, puis un jour il est venu aux Lofoten, à Laukvik. De là, il a appelé sa femme « En une semaine, j’ai vu plus d’aurores qu’en 10 ans chez nous ! On s’installe ici! ». Depuis, il partage sa passion avec d’autres curieux et passionnés qui viennent dans son centre d’étude l’hiver. Il est tombé amoureux des Lofoten, et ne compte pas les quitter. Il guette la nuit polaire avec impatience…
Qu’on le comprend ! Quelques semaines ou mois de plus nous permettraient probablement de partager de nombreux moments avec ces habitants de l’Arctique. Car oui, telle est leur réalité, que nous avons parfois du mal à imaginer.

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Et oui, les rênes aussi vont à la plage…

 

Nous nous octroyons une escapade un peu plus nord, par voie terrestre cette fois. Nous roulons dans des paysages de toundra, et nous croisons des rênes. Oui, nous sommes bien en Arctique. C’est l’occasion de nous replonger dans les vies des explorateurs polaires norvégiens : Amundsen et Nansen qui sont allés tout là-haut.

Et alors que l’étrave de Leenan Head fend l’écume cap au Sud, nous nous prenons déjà à imaginer un voyage futur qui suivrait le rythme des glaces…En attendant, il est l’heure d’aller se réchauffer un peu, première étape : l’Ecosse !

A suivre…

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Mais, où est Leenan Head ?

Quand la Norvège fait du zèle…

Leenan Head entame sa dernière quinzaine aux Lofoten…il en faudrait bien plus pour parcourir les moindres fjords, ou criques tapies entre deux montagnes. Pour l’heure, l’équipage permanent fait face à un vrai problème. Devant tant de beauté, les Leenan Headiens n’ont d’yeux que pour la Norvège qui vole la vedette aux marins du bord…Retour sur ces dernières semaines…

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Au mouillage…

 

C’est avec plaisir que parfois l’on retourne sur certains lieux. Tout a commencé par le Trollfjorden. Pour ceux qui suivent régulièrement ces scriberies, le nom leur sera connu. Figurez-vous qu’en moins de deux semaines, nous y avons vu pousser une maison « typique ». Curieux, nous nous adressons au grand (et beau) norvégien qui s’affaire autour d’un stock de contre-plaqué, et aux deux grandes (et belles) norvégiennes qui elles peignent la-dite maison. Ils sont missionnés par la Paramount pour planter le décor d’un nouveau film hollywoodien. Résultat : ils ont quelques jours pour construire un port de pêche canadien (oui oui canadien). Après une bonne journée de labeur, ils s’octroient un moment de détente en faisant une « petite randonnée facile » – ça c’est en norvégien, mais en français comprenez « relativement ardue »- pour passer la soirée. Pas étonnant qu’ils soient tous taillés comme des athlètes ici…Premier coup dur pour les tenanciers du Leenan Head.

L’ensemble de l »équipage, fier et intrépide, du plus jeune au plus belge, s’est donc lui aussi essayé à cette même randonnée, après une dure journée de mouillage : petit-déjeuner tardif, travaux intellectuels, et pêche. Arrivés au but ultime, après avoir franchi des rivières, et des chaos de roches et des crêtes acérées, ils sont récompensés par une vue époustouflante sur le fjord. Mais ce n’est pas tout ! Suivant les goûts certains se baignent dans un lac gelé alors que d’autres choisissent une petite pause dans le sauna mis à disposition de tous les rando sapiens qui passent par là…Comme si à bord nous étions équipés d’un hammam. Décidément, il font du zèle ces norvégiens…
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Mais nous, les fiers marins du bord, ne nous laissons pas impressionner ! Nous voyons déjà Leenan Head en haut de l’affiche hollywoodienne interprétant le rôle de la plate-forme logistique d’une grande production cinématographique, avec qui sait, un oscar à la clé ! Las ! nos ardeurs se sont calmées lorsque nous avons perdu de l’altitude (il a bien fallu suivre nos sportifs pour garder la tête haute!). Il manque à Leenan Head deux pistes d’atterrissage pour hélicos et 198 cabines pour accueillir l’équipe du film…Les coups durs s’enchaînent…

Nous appareillons alors, les voiles bien décidées vers le Nord, loin des fastes de la jet-set…et passons la frontière des Lofoten pour nous rendre aux Vesteralen, les îles voisines. Nous mouillons au pied du parc naturel du Moysalen. LA montagne la plus haute de l’archipel. Nos intrépides Leenan Headiens partent à l’aube cette fois pour arpenter ce nouveau sommet avec 1200m de dénivelé. Quelques heures avant ils étaient en haut du mât à 16m au-dessus de l’eau…ri-di-cu-le. Encore une fois, la Norvège s’impose…Les montagnes nous faisant trop d’ombre, nous décidons d’aller dans un lieu encore plus sauvage et reculé. Là, loin du monde, nous retrouverons notre aura perdue…

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Cette fois-ci les paysages changent encore, pas de randonnées possibles tant la forêt est dense, des montagnes verticales et menaçantes, ah, ça y est, nous allons pouvoir nous pavaner !! Et bien, non, encore raté ! Voilà que nos Leenan Headien explosent de joie devant ce paysage d’aube du monde, sauvage, calme et superbe. Pour clore le tout, ils se jettent à l’eau -qui doit frôler les 11°C- heureux de jouer les Robinsons. Rajoutez à cela la pêche d’une morue de presque 1m de long…et le bonheur d’un jeune passionné de voile de filer à la barre de l’annexe grée pour l’occasion vers ces lieux inexplorés.

Vraisemblablement, nous ne faisons pas le poids…et, entre nous, qu’il est bon de se sentir si petits face à la puissance qui règne ici ! Mais chuut c’est un secret !

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Quand les rêves prennent vie…

 

A suivre…